Zelensky entouré de Mario Draghi, Emmanuel Macron, Olaf Schloz et Klaus Iohannis, à Kiev le 16 juin 2022 @BelgaImageKiev an imposé son narratif sur la guerre qui ravage l’Ukraine, avec quelques exagérations et autres données invérifiables. Mais les Occidentaux jurent qu’en coulisses, le partage des informations est, sinon parfait, du moins satisfaisant avec leur allié ukrainien. « Les Ukrainiens très forts dans le champ informationnel »Depuis l’invasion russe du 24 février, les Ukrainiens diffusent des chiffres sur les pertes humaines et matérielles des deux camps qu’aucun analyste ni décideur ne prend pour argent comptant. Même avec leurs alliés, la transparence n’est pas totale. Mais nul ne s’en émeut. « Il est clair que les Ukrainiens contrôlent l’information (…) parfaitement », constate afin de l’AFP Mark Cancian, analyste du groupe de réflexion américain CSIS. « Ce n’est pas inhabituel. Les alliés manipulent toujours leurs parrains ». « Les Ukrainiens ont été très forts – et le sont encore – dans le champ informationnel. Ils ont gagné la bataille de narratif dans ces pays occidentaux », renchérit une source militaire française. « Ils nous ont inondés d’images captées au plus près de ce terrain. Les Russes, bizarrement, étaient totalement absents de ce champ-là alors qu’on s’attendait à une machine de leur propagande », ajoute-t-elle. Chaque jour, le ministère ukrainien de la Défense publie ses estimations un ensemble de pertes russes. Quelque 34. 100 morts, 1. 496 tanks et 216 chasseurs détruits au dernier décompte. « Ils devraient avoir honte du publier ces chiffres », tant ils se trouvent être exagérés, estime M. Cancian. « Le visible, le réel »À ces données répondent des estimations occidentales très inférieures (15. 000 dans 20. 000 soldats russes tués). Idem sur le matériel, que des sites privés comme Oryx évaluent à propos de la seule base de cela qu’ils peuvent prouver visuellement. Mais l’historien militaire et ancien colonel français Michel Goya évoque « la marge d’erreur entre le visible & le réel. Des matériels militaires, surtout des vieux (équipements) ex-soviétiques, peuvent être perdus sans être frappés. C’est particulièrement valable pour les tubes d’artillerie hors d’usage après quelques milliers de coups ». Les données précises sont donc inexistantes. L’AFP n’est pas en mesure d’obtenir des sources indépendantes. Ces portées sont pourtant essentielles pour que l’Otan, la majorité des États-Unis et l’Union européenne mesurent cette situation sur le front et les besoins de l’Ukraine. Or, depuis quelques semaines, Kiev an inversé son discours, admettant jusqu’à 100 abandonnés et 500 blessés par jour. Enfin crédible? Pas si sûr. « Les médias se sont faits un peu arnaquer par les briefings ukrainiens, conçus pour créer un nouvel élan de livraison d’armes » de l’Otan, écrit sur Twitter Phillips O’Brien, professeur d’études stratégiques à l’université écossaise de Saint-Andrews. « Ce qui se passe sur ce terrain (…) ne correspond pas aux déclarations publiques ». Mais il y an un gouffre chez déclarations publiques mais aussi échanges entre professionnels – militaires ou agents de renseignement. Sur ce point, les Occidentaux se veulent rassurants. Un ensemble de sources américaines contactées par l’AFP affirment savoir exactement où en sont la plupart des Ukrainiens. « Je n’ai pas entendu il se trouve que les Américains se plaindre qu’ils avaient existé dupés, c’est bon signe », assure Mark Cancian. « Il y a des règles »De fait, la relation bilatérale américano-ukrainienne semble solide. Même si, cet hiver, Washington a semblé parfois légèrement seule lorsqu’elle assurait que Moscou préparait la guerre. Le président ukrainien Volodymyr « Zelensky n’écoutait point ce que nous lui disions. Il n’an appelé ses réservistes que quand la guerre a commencé », se souvient M. Cancian. Le président américain Joe Biden l’a d’ailleurs souligné récemment, assurant qu’il savait à l’époque que « Poutine allait franchir la frontière » mais que « Zelensky, comme beaucoup d’autres gens, ne voulait pas plus longtemps l’entendre ». Le chef de l’Etat ukrainien an ensuite émis des demandes – l’exclusion aérienne, de nombreuses chars, des avions de chasse – qui ont été refusées. Désormais, « il demande des choses qu’on se révèle être prêt à donner. La relation est beaucoup plus étroite », relève M. Cancian. Ce cas est parfois plus compliqué de sorte à d’autres pays, moins investis en Ukraine avant le conflit, ou dans une position plus prudente vis-à-vis du président russe Vladimir Poutine. Comme la France, dont le président Emmanuel Macron domine évoqué le besoin relatives au ne « pas humilier la Russie ». À l’évidence, « les Ukrainiens ne disent en aucun cas tout, ce n’est pas pour autant qu’ils mentent », juge un haut gradé français. En coulisses, les discussions se trouvent « très techniques, extrêmement précises ». Il assure: « il y peut des règles ». Reste que la patiente construction de notre confiance entre alliés est un véritable défi en temps de guerre, parmi biais cognitifs, optimisme démesuré, impatience, peur de tout perdre. Dans quel point Kiev elle-même maîtrise-t-elle la situation sur le ligne? « La situation tactique et opérationnelle évoluant rapidement, il se trouve être délicat pour le info ukrainien de savoir exactement où ils en sont », commente Alexandre Papaemmanuel, professeur à Sciences-Po Paris, spécialiste du devis. « Comment être sûr qu’ils ont notre granularité suffisante dans le but de savoir ce qui est en train de se passer?  » demande-t-il, tout en rappelant que « la première victime d’une guerre, c’est la vérité ».